Médecine de la consoude, comment extraire ses principes actifs ?

L’herboristerie est un pratique empirique, et la connaissance des plantes médicinales reposent essentiellement sur une transmission des anciens, et ce de générations en générations. Il y a bien ces dernières décennies de nombreuses études qui ont été menées sur certaines plantes médicinales, mais malheureusement c’est un domaine qui manque souvent de budget pour approfondir certaines recherches, et là où la science s’y attarde, c’est souvent dans le but d’en tirer un profit financier, plus que d’enrichir la connaissance.

Avec le regain d’intérêt actuel pour les plantes couplé à l’usage d’internet, sans compter le nombre de livres qui sortent chaque semaine, on retrouve aujourd’hui une quantité d’informations assez conséquentes abordant un peu tout et n’importe quoi sur l’usage des Simples, et il est très difficile de vérifier la source et la pertinence d’une information. Malheureusement cela contribue grandement à faire de l’herboristerie une pratique basée sur des croyances et non plus un Art et une Science à part entière. Pourtant, comme pour tout, l’usage des plantes médicinales s’étudient et s’expérimentent, et cela demande du temps et de la patience.

La tradition nous enseigne énormément, mais il reste néanmoins difficile de déchiffrer certains textes anciens et d’en comprendre réellement le contexte et le sens, tout en considérant par ailleurs que les pathologies d’aujourd’hui n’ont plus rien à avoir avec celles que l’on traitait il y a plusieurs siècles.

Par ailleurs, il ne faut pas oublier que si il n’est plus possible aujourd’hui d’envoyer les sorcières au bûcher sur de simples accusations de sorcellerie, c’est aussi grâce à la science.

Il me semble donc essentiel à notre époque de mettre à profit toutes les connaissances que nous avons, autant par la connaissance empirique des plantes médicinales que par la science et les recherches contemporaines.

C’est de cela que je vais vous parler aujourd’hui avec la consoude. Mon but n’est pas de tirer des conclusions et de revendiquer une seule et unique vérité, mais plutôt d’ouvrir des portes qui n’ont que trop prises la poussière et d’oser des remises questions pour aiguiser notre sens critique et notre curiosité, ceci afin de redonner toute sa beauté et sa noblesse à notre pratique de l’herboristerie.

Car non, travailler avec les plantes, ce n’est ni enfermer un végétal dans la vision d’un ensemble de molécules, ni revendiquer des propriétés médicinales issues de nulle part parce que l’on « canalise » des informations que personne ne peut vérifier. Si se soigner avec la « vibration » d’une plante suffisait, nous n’aurions dès lors plus besoin de nous alimenter non plus, il suffirait de se « connecter » à la « vibration » de ma salade carotte pour assimiler ses vitamines. Je pense que personne n’en est à ce stade de capacité aujourd’hui. Je caricature bien sûr, mais je pense que vous avez compris l’idée. Je précise par ailleurs que je ne suis pas du tout fermée à ce genre de concept qui font parties de mon quotidien bien plus que je ne l’expose sur la réseaux sociaux, mais je pense qu’il est important de comprendre de quoi on parle, et que la réalité est quand même un tout petit plus complexe. Parler d’énergie subtile et de symbolisme sans avoir étudier et approfondi sérieusement le sujet (cela demande énormément de temps, plus que d’avoir suivi quelques formations) me semble plus être une façon de se réfugier dans des concepts qui nous arrangent quand nous sommes face à un manque de connaissance et que nous ne pouvons pas expliquer véritablement ce que nous faisons. «  Je ne comprends pas ce que je fais mais c’est pas grave c’est la vibration qui compte ». C’est un peu le message que nous véhiculons aujourd’hui sans nous en rendre compte, et malheureusement la crédibilité de l’herboristerie en souffre énormément car l’usage des plantes médicinales est souvent connotés de sorcellerie, druidisme, chamanisme, etc., souvent très mal compris et très mal pratiqué. Et ce new âge est bien dommage pour les personnes qui ont de réelles connaissances ésotériques et de réelles capacités à percevoir une forme d’énergie.  

Pour terminer avant d’entrer dans le vif du sujet avec notre consoude, il est aisé pour une personne en bonne santé, disposant des moyens de faire des retraites « bien être » de s’attarder à se connecter à la vibration ou l’énergie subtile d’une plante et d’en revendiquer un effet bénéfique, mais lorsqu’une personne malade se présente à nous, souffrant de pathologies relativement graves, souvent ayant vécue des années d’errance médicale, personnellement il m’est vraiment très difficile de lui dire que l’énergie subtile d’une plante suffit à la soigner, et que si ça ne fonctionne pas c’est parce qu’elle n’est pas « ouverte » à recevoir sa guérison…

Si je vous partage cela dans un article concernant la consoude, c’est justement parce qu’elle est une plante mal comprise et souvent mal utilisée.

Cette belle plante de la famille des Boraginacées est bien connue pour ses propriétés cicatrisantes. Si bien qu’elle peut même rapidement refermer une plaie qui n’est pas encore totalement désinfectée, dans ce genre de situation il faudra dès lors veiller à la combiner avec une plante antibactérienne. Son nom latin, Symphytum officinalis, nous évoque déjà cette propriété, puisque Symphytum signifie également en grec «  consolider, réunir ».

Je vais vous parler ici essentiellement de la racine, puisque c’est dans la racine que sont concentrés les phytoconstituants qui nous intéressent, en particulier l’allantoïne, les mucilages et la silice. Les feuilles en contiennent également, mais celles-ci contiennent moins d’allantoïne, hors c’est l’un des constituants principaux qui nous intéresse en herboristerie. Les feuilles ont par contre un autre avantage, celui de contenir moins d’alcaloïdes pyrrolizidiniques, ce qui nous permet d’en consommer en interne en PETITE QUANTITÉ (j’insiste ici vraiment sur petite quantité) sans danger et de profiter de leurs richesses en nombreux minéraux ( calcium, magnésium, phosphore, potassium, sodium, fer, manganèse, sélénium, silicium) et vitamines (C, B3, B2, B5, B12, E, pro-A).

La racine quant à elle contient donc de nombreux phyto-constituants qui nous intéressent :

Allantoïne (un alcaloïde)

De nombreuses vitamines et minéraux que l’on retrouve aussi dans les feuilles, en particulier de la Silice, qui va nous intéresser particulièrement dans notre utilisation.

Des mono et polysaccharides, dont des mucilages qui nous intéressent ici pour un usage externe (elle en contient beaucoup d’autres, notamment l’inuline, mais comme l’on ne va pas consommer la racine en externe cela ne nous intéresse pas ici).

Des tanins

Des alcaloïdes pyrrolizidiniques (toxiques pour le foie)

Des acides gras

Des protéines

Des résines

La consoude a fait l’objet de nombreuses études, mais à ce jour aucune n’a démontré une efficacité réelle sur la cicatrisation des tissus, que ça soit par extraction de l’allantoïne ou par application de la plante entière. Il est par contre admis que la racine aurait un effet adoucissant et antiprurigineux, et soulageraient entorses et contusions mineures par application locale (Bruneton).

Pourtant, on peut admettre que l’utilisation de la consoude pour son effet cicatrisant et régénérant des tissus épithéliaux (peau et muqueuse) est largement approuvée par une communauté internationale d’herboristes et ce, de façon empirique !

Un conte du Moyen Age nous raconte d’ailleurs ses propriétés astringentes (et donc cicatrisante). Une servante, la veille de son mariage, s’était préparée un bain avec une décoction très concentrée de consoude afin de retrouver sa virginité depuis longtemps perdue. Elle omit cependant d’en informer sa maîtresse qui se plongea elle aussi dans ce bain (l’eau étant rare à l’époque), et obtint un tel résultat que son mari «  ne fut pas médiocrement surpris de lui trouver une virginité nouvelle » … (Jean Palaiseul).

Le docteur Leclerc quant à lui l’aurait largement utilisée sur d’importantes blessures et brûlures des soldats lors de la première guerre mondiale ( «  Le chemin des herbes » – Thierry Thévenin).

Comment, dès lors, pouvons-nous considérer son action thérapeutique et choisir la meilleure façon de l’utiliser ?

Dans la plupart des ouvrages anciens, on retrouve son usage principalement par des cataplasmes de pulpes, en liniments ou en bain. Donc principalement par une extraction dans de l’eau. L’usage de la pulpe de racines est par ailleurs connue depuis 2000 ans, à l’époque de Dioscoride (médecin et botaniste grec).

Ce n’est que très récemment que son usage par une extraction dans de l’huile s’est répandue.

Pourtant lorsque l’on y regarde de plus près, ce n’est de loin par le meilleur solvant pour extraire les propriétés qui nous intéresse.

Il est commun d’admettre que l’allantoïne est responsable de sa propriété cicatrisante particulière, même si la science ne le reconnait pas. Néanmoins on sait que la recherche scientifique s’arrête à ce principe actif seul, alors que les plantes développent leur potentiel médicinal grâce à la synergie de plusieurs molécules. Cela ne veut par contre pas dire que ces molécules sont extraites dans n’importe quel solvant.

Il est encore difficile de bien comprendre comment fonctionne la consoude, mais l’on peut considérer aujourd’hui que la présence de la silice ainsi que des mucilages viennent se combiner à l’allantoïne et lui confère (entre autre) cette puissante propriété cicatrisante. Cependant les mucilages et la silice sont extraits majoritairement dans l’eau, ainsi que le vinaigre.

On peut retrouver parfois une méthode par intermédiaire alcoolique visant à humidifier la plante avec un alcool « pur » (96°) pour extraire dans un premier temps certains phytoconstituants, puis ensuite plonger la plante dans de l’huile. Cela donne un effet une très belle huile d’un vert intense. Néanmoins, aucun des phyconstituants qui nous intéressent n’est bien extrait dans  un alcool à 96° (ceci est en lien avec leur polarité mais ce serait trop long à expliquer ici, je vous revoie vers un de mes précédents articles). L’allantoïne est par ailleurs bien extraite en ph acide, ce qui nous offre donc la possibilité de faire macérer les racines dans du vinaigre pour ensuite l’utiliser localement en compresse.

On comprend donc que pour bien profiter des propriétés de la consoude, l’eau reste le meilleur solvant. On pourra en réaliser une décoction par exemple pour un bain médicinal ou pour l’application de compresses et cataplasmes, ce qui correspond ici avec son utilisation qu’en faisait les anciens.

Une autre possibilité est d’intégrer cette décoction dans une crème cosmétique. Elle ne se conservera pas très longtemps, mais cela n’est pas très dérangeant car il est rare de devoir utiliser la consoude sur de très longue période.

Pour l’aspect plus « énergétique », voir « symbolique » de la consoude, ceci fera l’objet d’un autre article dans le futur.

En espérant que ce partage puisse vous permettre de mieux comprendre comment utiliser la consoude mais aussi titiller votre réflexion sur notre façon d’aborder l’usage des plantes médicinales.

Avec Tendresse,

Jess

Herboriste et Poétesse

www.jardinalchimique.com

www.herboristeriepoetique.com

Comments

  • Pascale
    17 janvier 2023
    reply

    Bonjour,
    Merci pour votre article très intéressant.
    Lorsque je fais un baume à la consoude, avec une huile de macération de racine, je rajoute de la teinture mère de consoude.
    Pouvez-vous me donnez votre avis sur ce procédé ?
    Merci,
    Belle journée à vous,
    Pascale

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